J’ai performé ma déconstruction de la performance

Le plus difficile est probablement de ne pas se laisser happer par « le retour à la vie normale ». Confondre l’euphorie avec un appel du cœur. Se laisser emporter dans un tourbillon de productivité sans laisser place au vide, en se convainquant qu’on a « enfin trouvé la bonne voie ».

Mais quand le corps comprend que tu l’écoutes, il se fait entendre beaucoup plus vite, et plus fort. La marge de manœuvre est toute petite.

Ainsi, je me suis bloqué le haut du dos… en m’étirant après une séance de yoga matinale.

Pourtant, le yoga me recentre.

Pourtant, l’aube éveille mon cœur et réchauffe mon âme.

Pourtant, tous les projets mis en route la semaine passée m’excitaient comme une gamine.

Pourtant, je ne travaille pas 35h par semaine et j’organise mes journées comme je le souhaite.

Mais non.

C’étaient des histoires. Alors j’ai essayé de faire taire le bruit. Mais le cerveau revient bien à la charge. A vouloir tout optimiser, tout performer. Et si tu l’ignores, il tape plus loin, plus profond : la peur d’être abandonnée, le sentiment de solitude quand on est en marge de la société, la déchéance financière si on ne trouve pas rapidement une « solution ».

Parce que pour l’ego, tout est problème à résoudre. Et ce bruit, à faire taire… ça m’a semblé surhumain.

Le truc, c’est que quand tu commences à travailler sur toi, tu t’ouvres le champ des possibles. Tu défais des croyances, et tu en scelles des nouvelles. Puis, tu apprends que tu peux t’autoriser à évoluer, à changer d’avis, et remettre en question ces mêmes croyances.

Mais en pratique, elles s’ancrent parfois aussi profondément que les croyances de la naissance. Et même si ça t’anime un peu plus, tu peux te retrouver prisonnière. Parce que ces nouvelles croyances sont une forme de contrôle, c’est sécurisant. Donc le cerveau, l’ego s’y attache. Il s’attache à cette nouvelle identité. Et même quand je me disais que je n’avais rien à prouver, inconsciemment, si : me prouver à moi-même que j’incarnais mes croyances.

Mais quelle vie ? Moi qui me répétais : « ce n’est pas possible, la vie ça ne peut pas être ça », pour au final… me remettre une pression de performance ?

En occident, il est difficile de détacher sa valeur de ce qu’on produit. Je déconstruisais la performance ces derniers mois, j’étais à l’aise avec ça. Mais paradoxalement, et sans m’en rendre compte, j’avais des attentes sur la vie.

Je prône le plaisir de vivre, l’amour de soi, l’indifférence au jugement et à la reconnaissance extérieure, et je pense sincèrement avoir été congruente dans mes actions.

Mais à côté de ça, je pensais : quand j’aurais construit une communauté, ça sera la preuve qu’une autre façon de fonctionner existe.

Quand j’aurai vendu mon accompagnement, ça sera la preuve qu’on peut sécuriser ses revenus annuels avec un business model qui nous laisse libre de vivre à côté.

Quand je me serai autorisée à être totalement vulnérable avec les gens que j’aime sans attendre d’actions de leur part, l’amour viendra enfin à moi.

Quand j’aurais libéré ma voix et que j’aurai réalisé tout ce que j’ai en tête, j’aurai enfin construit quelque chose qui me nourrit.

Quand j’aurai encaissé ce chiffre d’affaires, je pourrais repartir en voyage, changer de voiture, réaménager mon appartement, inviter mes amis au restaurant…

Tout ça… c’est de la projection déguisée en incarnation.

Je remercie mon corps tellement fort pour ce blocage.

Il m’a fallu un rendez-vous chez le chiropracteur en urgence, 1200 mg d’ibuprofène par jour et cinq jours de repos pour m’en remettre.

J’ai coupé le bruit, j’ai parlé à des amis, j’ai dansé, j’ai lu, j’ai écrit, et j’ai accepté de traverser le vide un moment, sans objectif, sans savoir, sans exiger quoi que ce soit.

Cette fois, je n’ai vraiment rien à prouver.

Je me lâche la grappe.

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